La photogravure : Ce qu'elle apporte au livre.


Récemment, j’ai accompagné une collègue éditrice, Marjolaine Pereira des éditions Millefeuille, lors d’une séance de photogravure chez Photext à Vannes. Éditrice d’albums jeunesse, elle a en charge de reproduire à la perfection et avec la plus grande fidélité les œuvres de ses artistes-illustrateurs dans les livres qu’elle publie. Ce jour-là, elle travaillait sur les illustrations de Virginie Grosos pour le livre Mimi Biscuit et la fête des fraises.

L’image était impeccable, je la prépare pour l’impression, et la voilà toute terne. Pourquoi ?

Travaillant avec elle sur un livre de classe, j’avais été étonnée d’une transformation de dessin, en passant du RVB au CMJN. Pour faire un bref aparté sur les couleurs, la désignation RVB (Rouge, Vert, Bleu) correspond aux couleurs écran, et CMJN (Cyan, Magenta, Jaune, Noir) aux quatre couleurs d’une impression quadri, donc aux couleurs qui seront utilisées pour une impression papier. Quand on scanne une image, elle apparaît en RVB, idem pour une photo. Au moment de la mise en page, il faut bien penser à les passer en CMJN, sinon gare aux surprises ! L’image peut perdre en lumière, les couleurs peuvent changer et devenir ternes.

Avec la photo numérique et les scanners récents, les nouveaux capteurs permettent une très belle reproduction à l’écran, donc en RVB, ce qui peut satisfaire dans un premier temps. On pense que le scan est impeccable, on fait la conversion en CMJN, et là c’est le drame !

Toutes les couleurs ne sont pas reproductibles, et il faut bien faire avec !

« Il faut savoir que l’on ne peut reproduire en impression qu’environ 60 % des couleurs visibles à l’œil », explique Jean-Louis Véronique, de Photext, entreprise de services en pré-presse. « De plus, toutes les couleurs ne sont pas reproductibles. » Ce ne sera donc jamais exactement les couleurs de l’illustrateur, mais il faut faire au moins aussi bien que l’original, « voir mieux ! » précise le photograveur. Mais ça, c'est une question de goût, et lui a comme règle de ne pas s'en mêler, sauf si on lui demande son avis. La décision revient à l'illustrateur et/ou à l'éditeur présent(s) lors de la séance de travail.

Le pré-presse, littéralement un travail de l’ombre

Avant que Marjolaine arrive, Jean-Louis a tout préparé. Il a scanné en haute définition les œuvres de l’illustratrice et a imprimé des épreuves de contrôle. Ce sont ces épreuves qui feront foi au moment de passer à l'étape de l’imprimerie, c’est sur elles que l’imprimeur devra se calquer pour un rendu irréprochable.

Dans une boite à lumière, Jean-Louis a placé l’illustration originale à côté de l’épreuve imprimée à partir du scan. « Il faut une boite à lumière pour avoir une vision constante, peu importent la luminosité extérieure et l’emplacement pour regarder l’image. Si l’on travaille dans la pénombre, c’est d’ailleurs pour cela : pour ne pas être influencé par la lumière extérieure », m’explique Jean-Louis. Je savais que les métiers de l’édition étaient des métiers de l’ombre, j’en ai une confirmation supplémentaire.

Nous commençons le travail : c’est comme un jeu des 7 erreurs, et plus encore.

Le jeu des 7 erreurs et plus si affinités

« Alors Maud, comme tu es là pour apprendre, dis-nous si tu vois des différences entre l’original et l’épreuve », me défie Jean-Louis. A priori, aucune, mais s’il me pose la question, c’est qu’il y en a. Marjolaine m’aide : « Si tu regardes globalement, tu ne vas pas les voir. Prends couleur par couleur, et là tu verras que ce n’est pas toujours identique. » Je m’exécute et c’est vrai que je vois tout de suite des différences. C'est un peu comme dans un magasin de TV : on voit les différences entre chaque écran. Là c'est pareil, on voit les variations entre l'épreuve et l'original, avec l'écran à côté pour effectuer les modifications.

Image après image, on observe, on peaufine. Et Jean-Louis ne fait pas que vérifier les couleurs : quand il reste une marque disgracieuse de crayonné, il la gomme. Tout est scruté de très près : sur chaque image, il faut être attentif et prendre le temps.

Plusieurs heures se sont écoulées pour mener à bien la mission : le prix d’un travail de qualité. Les images sont imprimées à nouveau, définitives et validées, prêtes à être fournies à l’imprimeur pour vérification. Photext propose aussi le service de gravure des plaques pour l’impression, car il y a aussi le risque de perdre des éléments de détail et de finesse au moment de la gravure de la plaque qui servira à imprimer. Si celle-ci est faite grossièrement, tout le travail fait précédemment aura été vain.

La qualité d’une belle impression et le respect du travail d’un illustrateur ont donc un coût, et je ne saisis que mieux toute l’importance de cette phrase volontairement provocatrice affichée dans le bureau de Jean-Louis : « Plus la qualité fait défaut, et plus c’est rentable ».

Liens :

Editions Millefeuille : www.editionsmillefeuille.com

Photext : www.photext.fr

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